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Il faut sauver les indés

Depuis plusieurs mois, les difficultés du secteur de l'édition se multiplient. L’offensive menée par le milliardaire d'extrême droite Vincent Bolloré tend à focaliser l'attention sur sa personne, au risque d'occulter le phénomène qui la rend possible : la concentration progressive et de plus en plus hégémonique du monde de l'édition, et ses conséquences en matière de disparition des petites et moyennes structures dans les domaines de l'impression, l'édition et la distribution.

En dépit de cette dynamique délétère, le monde des maisons d'édition indépendantes, aux économies beaucoup plus modestes et vulnérables, a réussi jusque-là à se maintenir. Malgré un marché du livre en recul, l'édition critique, engagée et indépendante résiste et progresse ces dernières années. Des lecteurs et des lectrices de plus en plus nombreux et nombreuses pensent, lisent, se mobilisent et rêvent d'autres futurs.

Nous sommes des dizaines de maisons d’édition à mener chaque jour la bataille culturelle et sociale sur le front éditorial. Par nos essais, nos romans, nos BD, nos revues, nos albums jeunesse, nous cherchons à bousculer les réflexes de pensée dominants et à maintenir ouverts des horizons libérés de l'emprise des forces réactionnaires. Aujourd'hui, nous faisons face au risque de faillite de notre distributeur, Makassar.

Au-delà de notre survie, c'est toute la chaîne du livre indépendant qui est en jeu et les milliers de personnes qu'elle fait vivre : éditeurs et éditrices, auteurs et autrices, traducteurs et traductrices, graphistes, correcteurs et correctrices, libraires, imprimeurs et imprimeuses, diffuseurs et diffuseuses et travailleurs et travailleuses de la distribution, dont le travail ne pourra pas être rémunéré. À l'heure où nous écrivons ces mots, nous n'avons pas touché les recettes des ventes de nos livres en librairies depuis six mois, voire davantage, à cause des retards de paiement de factures qui risquent de n’être jamais honorées. Pour les petites structures indépendantes à la trésorerie fragile que nous sommes, ce serait un coup de grâce.

Pourtant, ce que nous représentons, tant par les modèles économiques alternatifs qui sont les nôtres ou la pluralité de nos publications, est fondamental dans la bataille culturelle en cours. ⁠Face à l'urgence et la gravité de la situation, nous nous organisons pour trouver des solutions présentes, futures et pérennes, espérant faire de cette crise la possibilité de renforcer notre indépendance et créer des solidarités inédites entre les différents acteurs de la chaîne du livre indépendant.

Il s'agit dans un premier temps de ne pas laisser nos maisons d’édition mettre la clé sous la porte en rassemblant des fonds et en trouvant une solution alternative de distribution mais aussi de mutualiser nos actions et nous structurer pour soutenir l’édition indépendante. Mais il s’agit aussi d’en appeler à un soutien massif, afin de permettre à nos structures de tenir dans les temps qui viennent, soutien sans lequel beaucoup de maisons d'édition indépendantes risquent de mourir d'ici à la fin de l'été.

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